Légitimité : pourquoi doutez-vous encore de votre valeur ?
Vous venez d’être nommé à un poste de direction. Sur le papier, votre légitimité ne fait guère de doute : votre parcours, vos résultats et ceux qui vous ont confié cette responsabilité témoignent de votre capacité à l’exercer.
Pourtant, intérieurement, le doute persiste. Vous vous demandez si vous êtes réellement au niveau, craignez davantage l’erreur, vous comparez à ceux qui semblent plus expérimentés ou avez le sentiment qu’un jour quelqu’un finira par découvrir que vous n’êtes peut-être pas aussi légitime qu’on le pense.
On parle souvent, dans ce type de situation, de syndrome de l’imposteur. L’expression est parlante. Mais elle peut aussi masquer une question plus intéressante : pourquoi les preuves extérieures de votre légitimité ne suffisent-elles pas toujours à vous sentir légitime ?
Vous pouvez être légitime sans vous sentir légitime
Il existe une différence importante entre la légitimité que votre environnement vous reconnaît et celle que vous vous accordez à vous-même.
Vous pouvez avoir été choisi pour un poste, obtenir de bons résultats, être reconnu par votre hiérarchie ou vos équipes et continuer malgré tout à douter. Chaque nouvelle difficulté semble alors rouvrir la question : est-ce que je suis vraiment à ma place ?
Ce décalage peut être déroutant. Puisque les faits devraient vous rassurer, vous cherchez parfois de nouvelles preuves : travailler davantage, maîtriser chaque dossier, éviter l’erreur, préparer excessivement vos interventions ou attendre d’être totalement sûr avant de vous positionner.
Le problème est que chaque nouvelle preuve ne rassure parfois que temporairement.
On peut accumuler les signes extérieurs de légitimité sans que le sentiment intérieur de légitimité évolue au même rythme.
Le syndrome de l’imposteur ne raconte pas toujours la même histoire
Mettre un nom sur ce que l’on vit peut aider. Mais derrière l’expression « syndrome de l’imposteur », des réalités différentes peuvent se cacher.
Vous pouvez manquer de confiance dans une situation nouvelle. Vous comparer à des personnes qui possèdent une expertise que vous n’avez pas. Vous placer la barre particulièrement haut. Avoir construit votre reconnaissance professionnelle sur votre capacité à maîtriser les sujets. Ou encore avoir changé de niveau de responsabilité sans avoir encore complètement intégré ce que ce nouveau rôle attend de vous.
Le doute n’est donc pas nécessairement la preuve que vous manquez de légitimité. Il peut aussi signaler que vos anciens repères ne suffisent plus pour vous sentir à votre place dans votre rôle actuel.
Cette distinction est importante, car on ne travaille pas de la même manière un manque réel de compétences, une prise de fonction récente, une exigence excessive envers soi-même ou un sentiment de valeur personnelle trop dépendant de la performance.
Plus vous montez, moins vous pouvez tout maîtriser
Ce décalage devient particulièrement visible lorsqu’on accède à des responsabilités plus importantes.
Ce qui vous a rendu performant jusque-là peut avoir beaucoup reposé sur votre expertise, votre capacité à résoudre les problèmes ou votre maîtrise des dossiers. En devenant directeur ou dirigeant, vous entrez dans un rôle où vous devez davantage décider avec une information incomplète, vous appuyer sur l’expertise des autres, arbitrer entre plusieurs options imparfaites et assumer des choix dont vous ne pouvez pas prévoir toutes les conséquences.
Si votre sentiment de légitimité reposait en grande partie sur le fait de savoir, cette évolution peut être inconfortable. Vous pouvez alors chercher à retrouver de la sécurité en entrant davantage dans les dossiers, en contrôlant ou en retardant certaines décisions.
Ce qui ressemble à un manque de confiance peut parfois être la difficulté à changer de source de légitimité.
Vous n’avez plus besoin d’être celui ou celle qui maîtrise mieux que tous les autres chacun des sujets. Votre valeur se joue aussi dans votre capacité à poser un cap, faire travailler les bonnes expertises, arbitrer, créer les conditions de la décision et assumer votre responsabilité.
À force de vouloir prouver votre légitimité, votre posture peut changer
Le sentiment d’illégitimité ne reste pas toujours intérieur. Il peut progressivement influencer votre manière de diriger.
Vous pouvez chercher à montrer davantage votre expertise, intervenir sur des sujets que vous pourriez laisser à vos collaborateurs, hésiter à dire « je ne sais pas », vivre une contradiction comme une remise en cause personnelle ou, au contraire, éviter certaines confrontations par crainte de ne pas être suffisamment solide pour les assumer.
D’autres vont surinvestir leur fonction : plus de travail, plus de disponibilité, plus d’exigence envers eux-mêmes. La performance devient alors une manière de maintenir en permanence la preuve que leur place est méritée.
Ces comportements peuvent fonctionner un temps. Ils peuvent même être valorisés. Mais ils ont un coût pour la personne et peuvent également limiter l’autonomie des équipes ou la qualité des décisions.
La recherche permanente de légitimité finit parfois par fragiliser la posture que l’on cherche précisément à renforcer.
La légitimité n’exige pas de ne plus douter
Se sentir légitime ne signifie pas devenir certain de soi en toutes circonstances. Le doute peut être utile : il pousse à vérifier une hypothèse, écouter un avis différent, reconnaître une limite ou remettre en question une décision.
L’enjeu est plutôt de ne plus laisser chaque doute devenir une remise en cause de sa propre valeur ou de sa place.
Un dirigeant peut ne pas savoir et décider. Il peut demander de l’aide sans perdre son autorité. Il peut changer d’avis sans devenir incohérent. Il peut être moins compétent qu’un membre de son équipe sur un sujet précis tout en étant parfaitement légitime dans son rôle.
La légitimité devient alors moins une preuve à obtenir qu’un socle à partir duquel exercer sa responsabilité.
Quand le doute revient, cherchez ce qu’il remet réellement en question
Plutôt que d’essayer immédiatement de vous rassurer ou de faire taire le doute, une première question peut être utile :
« Qu’est-ce que je remets réellement en question ici : une compétence, une décision, ma capacité à tenir mon rôle… ou ma valeur personnelle ? »
La distinction change beaucoup de choses. Une compétence peut s’acquérir. Une décision peut être challengée. Une posture peut évoluer. Une prise de fonction demande parfois simplement du temps pour construire de nouveaux repères.
Mais si chaque difficulté professionnelle devient la preuve que vous n’êtes « pas assez », le problème ne se situe plus uniquement dans l’exercice de votre fonction.
Vous n’avez pas besoin de ne plus jamais douter pour être légitime. Vous avez besoin de ne plus confondre systématiquement le doute avec la preuve que vous ne l’êtes pas.
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