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Dirigeant reprenant l’entreprise familiale et construisant sa propre place
Leadership Gouvernance Transmission entreprise

Reprise d’entreprise familiale : trouver sa place de dirigeant

Stéphanie Silvestre-Pottin
Stéphanie Silvestre-Pottin

Reprendre une entreprise familiale peut sembler, de l’extérieur, faciliter l’accès à la fonction de dirigeant. Vous connaissez l’entreprise, son histoire, ses équipes, parfois ses clients depuis longtemps. Vous bénéficiez d’un héritage, d’un nom et d’une légitimité qui semblent déjà installés.

Et pourtant, prendre officiellement la direction ne signifie pas toujours parvenir immédiatement à prendre sa place. Le prédécesseur reste présent dans les habitudes, les décisions, les relations et parfois très concrètement dans l’entreprise. Les collaborateurs continuent à comparer. La famille observe. Et vous-même pouvez hésiter entre préserver ce qui a été construit et imprimer votre propre direction.

La transmission vous donne une fonction. Elle ne suffit pas à construire votre place de dirigeant.

Succéder ne signifie pas remplacer

Lors d’une reprise familiale, la tentation peut être forte de se positionner par rapport au prédécesseur. Faire aussi bien. Faire différemment. Prouver que l’on mérite la place. Ou, au contraire, préserver au maximum ce qui existe pour ne pas donner le sentiment de remettre en cause ce qui a été construit.

Mais votre rôle n’est pas de devenir une nouvelle version de la personne qui vous a précédé.

Vous avez votre personnalité, votre manière de décider, vos compétences, vos convictions et votre propre lecture de l’avenir de l’entreprise. Chercher à reproduire un modèle qui n’est pas le vôtre peut progressivement fragiliser votre leadership.

À l’inverse, vouloir marquer trop rapidement la rupture peut conduire à rejeter des pratiques qui ont encore du sens simplement parce qu’elles appartiennent au passé.

Prendre sa place suppose donc de sortir progressivement de la comparaison pour construire sa propre manière de diriger.

La légitimité ne se transmet pas avec les titres

Vous pouvez être juridiquement propriétaire, officiellement dirigeant et pourtant ne pas vous sentir pleinement légitime. Cette question est particulièrement sensible lorsque les collaborateurs vous ont connu avant votre prise de fonction ou ont travaillé longtemps avec votre prédécesseur.

Certains peuvent continuer à se tourner spontanément vers lui. D’autres attendre de voir comment vous allez décider. Et vous pouvez vous-même ressentir le besoin de démontrer que vous êtes à la hauteur.

Cette recherche de légitimité peut alors influencer votre manière de diriger : vouloir décider vite pour montrer votre capacité, éviter certaines décisions pour ne pas créer de rupture, chercher l’approbation du prédécesseur ou au contraire prendre systématiquement le contre-pied.

La légitimité ne vient pas du fait de prouver que vous méritez l’héritage. Elle se construit progressivement dans la manière dont vous exercez réellement la fonction.

Le prédécesseur peut partir sans vraiment quitter l’entreprise

La transmission est également une transformation pour celui ou celle qui transmet. Après parfois plusieurs décennies à la tête de l’entreprise, il n’est pas toujours simple de cesser d’intervenir, de donner son avis ou de répondre lorsque les collaborateurs continuent à solliciter.

Le problème ne vient donc pas nécessairement d’une volonté de conserver le pouvoir. Les frontières peuvent simplement rester floues : sur quels sujets le prédécesseur intervient-il encore ? Qui arbitre désormais ? Quelle place conserve-t-il auprès des équipes, des clients ou des partenaires ?

Lorsque ces questions ne sont pas clarifiées, le nouveau dirigeant peut se retrouver officiellement responsable tout en continuant à exercer son rôle sous le regard — voire sous l’autorité implicite — de celui qui l’a précédé.

La difficulté devient alors moins personnelle que systémique : l’entreprise doit elle aussi apprendre qu’elle a changé de dirigeant.

Préserver l’héritage ne signifie pas tout conserver

Une entreprise familiale porte souvent davantage qu’une activité économique. Elle porte une histoire, des valeurs, des habitudes, des relations et parfois une identité familiale très forte.

Modifier certaines pratiques peut alors être vécu comme une remise en cause de cet héritage. Le repreneur peut hésiter à transformer ce qui a fait le succès de l’entreprise, même lorsqu’il perçoit que son environnement ou ses enjeux ont changé.

Pourtant, transmettre une entreprise ne signifie pas la figer. Ce qui a permis sa réussite hier n’est pas nécessairement ce qui permettra son développement demain.

L’enjeu consiste donc à distinguer ce qui constitue réellement le socle de l’entreprise de ce qui relève simplement de pratiques héritées.

Choisir ce que vous voulez réellement continuer à porter

Lorsque vous vous interrogez sur une décision, une pratique ou une évolution que vous hésitez à engager, posez-vous cette question :

« Qu’est-ce que je maintiens parce que c’est encore juste pour l’entreprise… et qu’est-ce que je maintiens surtout parce que cela vient de mon prédécesseur ? »

La réponse n’implique pas nécessairement de changer ce qui existe. Certaines pratiques méritent pleinement d’être conservées. Mais elles prennent une autre valeur lorsqu’elles deviennent un choix du nouveau dirigeant plutôt qu’un héritage qu’il n’ose pas remettre en question.

Cette distinction vaut également dans l’autre sens : vouloir modifier une pratique uniquement pour se différencier du prédécesseur revient encore à construire sa décision par rapport à lui.

Reprendre l’entreprise familiale ne consiste ni à reproduire ni à effacer ce qui précède. Il s’agit de choisir ce que l’on veut continuer à porter.

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