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Équipe de direction échangeant ouvertement lors d’une réunion de travail
Leadership Management Performance collective

Sécurité psychologique : que peut-on vraiment dire dans votre équipe ?

Stéphanie Silvestre-Pottin
Stéphanie Silvestre-Pottin

Vos réunions sont ouvertes. Vous sollicitez les avis. Vous demandez régulièrement à vos managers ce qu’ils pensent. Et pourtant, certaines objections apparaissent après la réunion, les vrais désaccords restent prudents et les problèmes remontent parfois lorsqu’ils sont déjà difficiles à résoudre.

Ce silence relatif ne signifie pas nécessairement que votre équipe manque d’engagement. Il peut révéler autre chose : vos collaborateurs ont progressivement appris ce qu’il est possible de dire, à qui, à quel moment — et avec quelles conséquences.

La sécurité psychologique ne se mesure pas au nombre de personnes qui parlent

Le concept de sécurité psychologique est aujourd’hui largement utilisé en management. Il est pourtant facilement réduit à une idée de bienveillance ou de liberté de parole.

Les travaux d’Amy Edmondson la définissent plus précisément autour de la possibilité de prendre un risque interpersonnel au sein d’un collectif. Le projet Aristote mené chez Google a également identifié la sécurité psychologique comme l’une des dynamiques déterminantes de l’efficacité des équipes.

Le véritable test n’est donc pas de savoir si vos collaborateurs prennent la parole lorsque le sujet est consensuel. Il est de regarder ce qui se passe lorsqu’ils doivent poser une question qui pourrait les faire paraître mal informés, reconnaître une erreur, signaler un risque, contredire un collègue influent ou challenger une décision.

La sécurité psychologique devient visible précisément lorsque parler comporte un risque.

Une équipe peut beaucoup échanger et pourtant éviter l’essentiel

Dans une équipe expérimentée, le silence est rarement total. Les membres échangent, argumentent, partagent de l’information et peuvent même avoir des débats animés.

Mais cela ne signifie pas que tout ce qui doit être dit l’est réellement.

Certains sujets restent en dehors de la conversation collective : une décision que personne ne croit réaliste, un risque que l’on hésite à remonter, un comportement qui fragilise la coopération, une difficulté dans une autre direction, une divergence avec le dirigeant.

Le collectif peut alors sembler fonctionner correctement tout en développant des conversations parallèles. Le désaccord existe, mais il s’exprime après la réunion, entre quelques personnes, plutôt que là où il pourrait réellement contribuer à la décision.

C’est là que la sécurité psychologique rejoint directement la performance collective : une information qui existe mais qui ne circule pas au bon endroit est une information dont l’organisation ne peut pas pleinement se servir.

Le vrai indicateur : que se passe-t-il lorsque quelqu’un vous contredit ?

Un dirigeant peut sincèrement vouloir être challengé et, sans le vouloir, envoyer des signaux qui rendent le challenge coûteux.

Une objection rapidement réfutée. Une explication donnée avant d’avoir réellement exploré le désaccord. Une irritation perceptible lorsqu’un problème remonte au mauvais moment. Une préférence répétée pour les collaborateurs qui arrivent avec des solutions plutôt qu’avec des alertes encore imparfaites.

Pris isolément, aucun de ces comportements ne suffit à caractériser un problème. Répétés, ils peuvent néanmoins apprendre au collectif quelque chose de très simple : mieux vaut choisir ses batailles.

C’est pourquoi la sécurité psychologique ne dépend pas uniquement de ce que le leader affirme vouloir. Elle dépend aussi de ce que l’équipe observe lorsqu’une personne prend effectivement le risque de dire quelque chose qui dérange.

Pour un dirigeant, la question devient alors moins « Est-ce que je laisse mes équipes s’exprimer ? » que : « Qu’apprennent-elles de ma manière de réagir lorsqu’elles me disent ce que je préférerais ne pas entendre ? »

Sécurité psychologique ne veut pas dire absence de confrontation

C’est probablement l’un des contresens les plus fréquents autour du concept. Une équipe psychologiquement sûre n’est pas une équipe dans laquelle on évite les tensions pour préserver les relations.

Keith Ferrazzi pousse même la logique dans la direction opposée : dans ses travaux sur la co-elevation et le Teamship, la franchise, le challenge entre pairs et la responsabilité mutuelle font partie des comportements qui permettent aux équipes de progresser. L’enjeu n’est pas seulement de pouvoir parler au leader, mais de développer la capacité des membres de l’équipe à se dire directement ce qui doit l’être.

La qualité de la relation devient alors ce qui rend possible la confrontation, et non ce qui permet de l’éviter.

Une équipe performante doit pouvoir tenir ensemble deux exigences : suffisamment de confiance pour prendre le risque de parler et suffisamment d’exigence pour ne pas laisser les désaccords importants, les erreurs ou les problèmes de performance disparaître derrière la courtoisie.

Le dirigeant ne peut pas être le seul garant de la parole

Créer un climat dans lequel chacun attend du dirigeant qu’il autorise, arbitre et sécurise chaque désaccord peut paradoxalement maintenir une forte dépendance à son égard.

À mesure que les responsabilités augmentent, l’enjeu est aussi de développer des relations suffisamment solides entre pairs pour qu’un directeur puisse challenger un autre directeur, lui signaler un risque ou l’aider à résoudre une difficulté sans que tout remonte systématiquement au sommet.

C’est une évolution importante : on passe d’une sécurité psychologique principalement créée par le leader à une responsabilité davantage partagée par le collectif.

Cette logique rejoint ce que Keith Ferrazzi appelle la co-elevation : ne plus être uniquement responsable de sa propre performance, mais se sentir également responsable de la réussite des autres et de celle du collectif.

À ce niveau, se taire lorsqu’on voit un risque ou laisser un pair échouer sans lui apporter son regard n’est plus une manière de préserver la relation. Cela peut devenir une limite à la performance de l’équipe.

Quand le silence devient une information de management

Face à une équipe qui s’exprime peu, la tentation est souvent d’ajouter des espaces de parole : davantage de tours de table, de feedback, de réunions ou de dispositifs participatifs.

Ils peuvent être utiles. Mais ils ne répondent pas nécessairement à la vraie question.

Avant de chercher à faire davantage parler l’équipe, il peut être plus éclairant d’observer où la parole s’arrête. Quels sujets sont facilement abordés ? Lesquels deviennent plus difficiles ? Qui peut challenger qui ? Qu’arrive-t-il aux mauvaises nouvelles ? Les désaccords sont-ils traités dans la pièce ou après la réunion ?

Ces signaux donnent une lecture beaucoup plus riche de la dynamique collective qu’un simple niveau de participation.

Le silence n’est pas seulement une absence de parole. Il peut être une information sur le fonctionnement du système.

La sécurité psychologique est un moyen, pas une finalité

L’objectif n’est finalement pas de construire une équipe dans laquelle chacun se sent toujours confortable. Certaines conversations importantes sont inconfortables par nature.

L’enjeu est de créer les conditions pour que cet inconfort n’empêche ni la lucidité, ni le désaccord utile, ni l’apprentissage, ni la responsabilité.

Une équipe devient plus solide lorsqu’elle peut mettre les problèmes sur la table suffisamment tôt, confronter des points de vue différents et se challenger sans fragiliser durablement les relations.

Pour le dirigeant, cela suppose parfois de regarder au-delà de la qualité apparente des échanges et d’interroger sa propre posture. Pour le collectif, cela signifie progressivement apprendre à ne plus faire reposer toute la franchise sur le leader.

C’est à cette condition que la sécurité psychologique cesse d’être simplement un climat souhaitable pour devenir un véritable levier de performance collective.

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