Rester ou partir ? Comment décider sans se trahir
Vous avez de bonnes raisons de partir. Et de très bonnes raisons de rester.
Votre poste ne vous apporte peut-être plus ce qu’il vous apportait. Vous vous projetez moins, certains irritants prennent davantage de place, vous avez le sentiment d’avoir fait le tour. Ou une opportunité concrète se présente et réveille une énergie que vous ne retrouviez plus depuis quelque temps.
Mais partir, c’est aussi lâcher une partie de ce que vous avez construit : une position, une rémunération, une équipe, une crédibilité, des repères. Et rien ne garantit que l’herbe sera réellement plus verte ailleurs. C’est souvent là que la décision se complique : vous savez ce que vous ne voulez plus, mais cela ne suffit pas encore à savoir ce que vous voulez vraiment.
Quand la question de partir devient réelle
Il est rare qu’un dirigeant ou un directeur décide du jour au lendemain qu’il doit quitter son poste. Le questionnement s’installe souvent progressivement.
Une frustration qui revient. Des décisions avec lesquelles on se sent de moins en moins en phase. Un périmètre devenu trop étroit. Une relation avec la hiérarchie qui pèse davantage. Le sentiment d’apprendre moins, d’avoir moins de latitude ou simplement de ne plus avoir la même envie.
Parfois, rien ne va véritablement mal. C’est justement ce qui rend la décision difficile. Le poste reste intéressant, les conditions sont bonnes, les résultats sont là. Mais quelque chose s’est émoussé.
À ce stade, la tentation est de chercher rapidement la réponse : partir ou rester ? Pourtant, une autre question mérite de venir avant : qu’est-ce qui, précisément, ne me convient plus aujourd’hui ?
Car vouloir quitter une situation ne dit pas encore ce qu’il faudrait trouver dans la suivante.
Ce qui vous retient mérite autant d’attention que ce qui vous pousse à partir
Lorsqu’on occupe des responsabilités de direction, quitter son poste signifie rarement changer uniquement de fonction. On quitte aussi une partie de ce que l’on a construit autour de lui.
Une reconnaissance acquise. Un réseau interne. Une rémunération. Une équipe avec laquelle on aime travailler. Une connaissance fine de l’organisation. Parfois un statut ou une proximité avec les lieux de décision qu’il faudra reconstruire ailleurs.
Ces éléments ne sont ni accessoires ni honteux. Ils font légitimement partie de la décision.
Mais il peut être utile de distinguer ce que l’on souhaite réellement préserver de ce que l’on redoute simplement de perdre.
Rester parce qu’un poste répond encore à ce qui compte pour vous n’est pas la même décision que rester parce que partir vous fait peur.
La peur ne signifie pas que vous êtes en train de faire le mauvais choix
« Et si je me trompais ? » La question est presque inévitable lorsqu’un changement important se présente.
Et si le nouveau poste était finalement moins intéressant ? Si la culture annoncée ne correspondait pas à la réalité ? Si la relation avec le futur N+1 se révélait compliquée ? Si vous regrettiez d’avoir quitté une situation finalement plus confortable que vous ne le pensiez ?
À l’inverse, rester peut également faire peur : peur de s’enfermer, de laisser passer une opportunité, de perdre encore quelques années ou de constater plus tard que l’on savait déjà qu’il fallait bouger.
Vouloir éliminer cette peur avant de décider conduit souvent à attendre une certitude qui n’arrivera pas.
Une décision de carrière comporte une part d’inconnu. L’enjeu n’est pas de ne plus avoir peur, mais de ne pas laisser la peur devenir le seul critère de décision.
Attention aussi à l’effet bouffée d’air d’une nouvelle opportunité
Quand le poste actuel devient pesant, une opportunité extérieure peut produire un effet immédiat : enfin quelque chose de nouveau.
Un projet plus ambitieux, un titre différent, davantage d’autonomie, une entreprise qui semble plus dynamique, un recruteur qui valorise votre parcours… Le contraste avec la situation actuelle peut être puissant.
Cette énergie est intéressante : elle dit souvent quelque chose de ce qui vous manque aujourd’hui. Mais elle ne suffit pas à évaluer la qualité réelle de l’opportunité.
Un poste attractif sur le papier ne dit pas tout du pouvoir de décision réel, du fonctionnement de la gouvernance, de la relation avec le N+1, des jeux d’acteurs ou de la culture managériale.
Avant de conclure « j’ai envie de ce poste », il peut donc être utile de se demander : qu’est-ce qui m’attire réellement ici ? Et qu’est-ce qui m’attire surtout parce que je ne le trouve plus là où je suis ?
Vos critères ont peut-être changé sans que vous l’ayez vraiment décidé
Nous continuons parfois à évaluer une opportunité avec les critères qui ont construit notre carrière jusque-là.
Le niveau de responsabilité. Le salaire. Le titre. La taille de l’entreprise. Le périmètre managérial. Les perspectives d’évolution.
Mais avec le temps et l’évolution de ses responsabilités, d’autres critères peuvent avoir pris davantage de place : la latitude réelle pour décider, la qualité des relations au sein du collectif de direction, la confiance accordée, l’intérêt intellectuel du poste, la possibilité d’avoir de l’impact ou encore l’équilibre que l’on souhaite préserver.
Ce déplacement est parfois difficile à reconnaître. Parce qu’il peut donner l’impression de revoir ses ambitions à la baisse alors qu’il s’agit simplement de les redéfinir.
Ce qui faisait un « bon poste » pour vous à une autre étape de votre parcours n’est pas nécessairement ce qui fera un bon poste pour vous aujourd’hui.
Et si aucune des deux options n’était parfaite ?
C’est souvent ce que l’on finit par découvrir lorsqu’on regarde réellement les deux scénarios.
Rester permet de conserver certains acquis, mais ne résout pas nécessairement ce qui s’est progressivement dégradé. Partir ouvre de nouvelles possibilités, mais oblige à accepter une part d’incertitude.
La décision devient alors moins binaire. Il ne s’agit plus de trouver l’option qui présente uniquement des avantages, mais de savoir laquelle correspond davantage à ce que vous voulez construire maintenant.
Et cela suppose aussi de regarder ce que chaque choix implique concrètement. Qu’est-ce qui pourrait réellement évoluer si vous restiez ? Qu’avez-vous déjà essayé ? Quelles marges de manœuvre existent encore ? À l’inverse, que savez-vous vraiment de l’opportunité extérieure, au-delà de ce qui vous séduit aujourd’hui ?
Une bonne décision n’est pas nécessairement celle qui rassure le plus. C’est celle dont les raisons restent solides lorsque l’on regarde lucidement les deux options.
Parfois, la vraie question n’est plus quel poste choisir
Il arrive enfin qu’aucune comparaison entre deux postes ne permette réellement de trancher. Parce que le questionnement dépasse la décision immédiate.
À certains moments de sa trajectoire, on peut avoir accumulé des expériences, des responsabilités et des compétences sans avoir réellement pris le temps de se demander ce que l’on souhaite faire de la suite.
Continuer à progresser, oui, mais vers quoi ? Exercer davantage de responsabilités ? Changer d’environnement ? Retrouver du plaisir dans son métier ? Utiliser autrement ses compétences ? Faire davantage de place à d’autres dimensions de sa vie ?
C’est à ce moment-là que prendre du recul sur son parcours devient utile. Non pour trouver une réponse toute faite, mais pour remettre en perspective ce que l’on sait faire, ce que l’on veut encore développer, ce qui nous motive aujourd’hui et les environnements dans lesquels on fonctionne le mieux.
La décision « partir ou rester » devient alors la conséquence d’une réflexion plus large, plutôt que son point de départ.
Pour revenir à ce qui compte réellement dans votre décision, une question peut vous aider :
« Si je mets de côté, un instant, la peur de perdre ce que j’ai et l’attrait de la nouveauté, quels critères comptent réellement pour moi aujourd’hui ? »
Décider ne consiste alors plus à rechercher l’option sans risque. Il s’agit de comprendre sur quels critères vous êtes prêt à arbitrer et lesquels sont devenus suffisamment importants pour ne plus être laissés au second plan.
Décider sans se trahir, ce n’est pas être certain de faire le bon choix. C’est pouvoir se dire que l’on a choisi en comprenant ce qui compte vraiment pour soi aujourd’hui — plutôt qu’en laissant l’habitude, la peur ou l’attrait de la nouveauté choisir à sa place.
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